Est-ce si difficile de regarder l'autre?
Je me grille une dernière cigarette avant de reprendre le travail.
Assis sur le muret devant les portes d'entrée du personnel, deux clochards, deux gueules-cassées taillent le bout gras, délestés pour quelques instant de leur sac à dos.
L'un d'eux se lève et me demande avec la plus grande gentillesse, mais dans une gouaille joyeuse, une cigarette. Lorsqu'on m'aborde ainsi, je suis bien incapable de refuser quoi que ce soit... Un sourire, une parole en entraine une autre et le dialogue s'installe. Je retire deux cigarettes de mon paquet et lui tends le reste. Surpris, mais enchanté il l'accepte volontier à la seule condition, que l'on fasse un échange.
Il retire une veste, puis une deuxieme qu'il ote en m'expliquant qu'il la trouvée (y a deux jours) et qu'il aurait beaucoup de plaisir à me la donner.
Je commence par refuser ce geste, car je sais que même l'été, il ne fait jamais assez chaud quand on dors dehors. Il insiste, je ne me sens pas le droit de l'offenser, cela aurait été une insulte de refuser son cadeau. je cupabilise, mais je lui doit encore plus le respect, celui de garder sa fierté d'homme.
Echange de bons procédés, je ne sais pas, mais je repart avec le vêtement sous le bras, émue de cet don.
les grands magasin parisiens sont les vitrines arrogantes et vaniteuses du luxe et d'une crasseuse superficialité. Ca dégouline de besoins inutiles quand d'autres n'ont plus rien. Et je connaissait chaque recoins de ce temple de l'inégalité.
je repense souvent au peulple de l'ombre, à ces fourmis de manutentionnaires qui oeuvraient durement dans les sous-sols lugubres et poussiéreux du magasin.
j'en ai appris quelque chose d'unique : que les plus beaux gestes de générosités viennent souvent des personnes qui en ont moins que toi.Que le sourire, l'attention portée à autrui déclenche des sentiments qui ne seront jamais à vendre.
Je pense à eux, comme ils ont du m'oublier...peu importe, j'ai reçu en plein coeur des souvenirs que je leur doit...