Kidnapping
La nuit est déjà tombée, deuis quelques heures, lorsque j'arrive à 200 mêtres de mon domicile. Une voiture s'arrête à ma hauteur. Deux types en sortent rapidement, l'un m'attrappe par les aisselles, l'autre par les jambes... Pas le temps de réagir en utilisant mon kung fu habituel, ni la force de lutter( j'ai bien du beugler un peu).Je me retrouve balancée comme un ballot de paille, à l'arrière de la voiture, coincées entre deux molosses.
- Maintenant, tu fais pas chier, et tu viens avec nous à la "fête de l'huma" !!
-Mais....Haaaaaa....on vient de passer devant chez moi...Trop tard... j'ai pas envie de me fourvoyer chez les cocos, mes parents vont gueuler, j'ai prévenu personne !!
- comme si tu leur donnais ton emploi du temps ( vu le nombres de fois ou tu fais le mur), arrête tes prétextes à la con, on ne veut pas le savoir, tu sors avec nous!
- Bon, j'ai juste le droit de vous suivre...Pis, je ne peux même pas sauter en route !
Nous voilà donc partis en direction de ce charmant endroit que peut être la Courneuve.
On débarque sur le site qui célèbre la grande messe annuelle du communisme. les stands regorgent de militants de base : l'habit ne fait pas le moine, mais le look est ringard, comme je les aime :les pantalons à pinces bien remontés au niveau des nombrils bedonnants, les chemises à carreaux enfoncées dans la ceinture formant un élégant bourelet, que les tableaux sont charmants, la bière coule à flot. les badges sont distribués avec beaucoup de générosité, cherchant à conquérir la jeunesse désoeuvrée . Mais la jeunesse s'en tape, elle voit dans ce rouge la couleur du sang des révolutions et du fashisme culturel maoiste, et ne désire qu'aller écouter quelques concerts à-pas-cher !
le premier qui s'approche et qui m'appelle camarade en me tutoyant, je le fappe !! On n'a pas élever les torchons ensemble! Décidément, les couleurs politiques ne s'accorderont jamais avec mon teint !
Nous déhambulons au travers d' épaisses vapeurs de fritteries et de merguez carbonisées en tout genre... Direction place du concert, où se regroupent les enfants de 68( 20 ans après!). Les dégaines sont déjà plus baba coolistes, l'air embaume de fumées plus acres et plus délassantes... Ca sent encore le cheveux long, gras et la pate d'éléphant (époque revival quand tu m'tiens), mais l'ambiance est bonne-enfant.
On s'installe tranquillement devant la scène. C'est Childéric (un ancien animateur de M6) qui présente le show.
Gros coup de chance, patrick Bruel ouvre les hostilités, je sens que je vais m'éclater comme une malade ! Il commence donc son célèbre "casser la voix" ( hum, cassse toi d'là, aurait été plus justement chanté). Mais il se passe à ce moment là, un immense cafouilli technique, au niveau de la sono. Son play-back se transforme alors en une symphonie comique : en effet, la voix passe, comme lorsqu'on écoutait un 45 tours en mode 33 tours. Les écrans géants, filment en gros plan le visage déconfit et calamiteux du chanteur à-la-mode. Des huées, des sifflement fusent de toutes parts ainsi qu'une risée générale. Tout s'éteint... il reste seul sur scène tentant de sauver les meubles de ce chavirage total en entonnant le refrain, mais les cris de la foule l'en dissuade assez vite...Il repart comme un glandu, les épaules alourdies par la honte, sans se retourner... Au festival des comiques, tu aurais trouvé ta place mon pov patrick !
OUF, on l'a échappé belle, merci la technique!! Le rouquin Childéric revient, présentant ses excuses (il enfonce à peine le clou ).
La suite, Johnny Cleggs et Savuka, et la chanson qui va bien avec, le tube de l'époque que je peux mimer assez facilement, mais sans le son !! je ne regretterai pas d'être venue, au moins pour entendre ça. Les couleurs de l'Afrique réveillent enfin l'assemblée, la liesse est collective, je repartirai avec cette image à l'accent chaleureuse.